Lettres ouvertes aux maires et au Préfet

rédigée par le Conseil d'Administration de l’Association de Défense de la Baie de Saint-Brieuc.

1. aux Maires et élus de la Baie :

TRAFIC D’AMMONITRATES AU PORT DE COMMERCE, ENVASEMENT ET POLLUTION DE LA BAIE, PROJET DE 4E QUAI SUR 4.8 HECTARES DE MILIEU MARITIME : NOUS VOULONS DES RÉPONSES !


Candidats et élus appelés à diriger nos communes littorales de la Baie (Plérin, St-Brieuc, Langueux, Yffiniac, Hillion, Morieux, Planguenoual), nous vous interpellons aujourd'hui sur des enjeux environnementaux et sanitaires.

Les choix politiques que vous prendrez impacteront directement la vie de plusieurs milliers d'habitants de la Baie !


> Le trafic d'ammonitrates : des cargos étrangers déchargent chaque année sur le port du Légué plusieurs milliers de tonnes d'ammonitrates, engrais hautement explosif. Un risque létal est encouru par toute la population environnante de Plérin et Saint-Brieuc dans la plus grande ignorance de tous. [en savoir +]

> L'envasement de la baie : les quais et le môle du port de commerce situés à l'embouchure provoquent d’énormes dépôts de vase polluée remplie de métaux lourds et dégageant des gaz toxiques mortels ! Des pelleteuses draguent jour et nuit 120 000 tonnes de vase chaque année aux frais du contribuable. Aucun recyclage ni aucune valorisation de cette vase ne sont sérieusement possibles. Et l’envasement aggrave la problématique des algues vertes qui ne peuvent plus de ce fait être ramassées. [en savoir +]

> Le projet de création d'un 4e quai : ce projet pharaonique de 18 millions d'euros (toujours aux frais du contribuable) va engendrer la suppression d'un espace maritime de 4,8 hectares au pied de la tour de Cesson et de la réserve nationale naturelle. Et ceci afin d'agrandir un port de commerce non viable et non rentable. [en savoir +]


Candidats, il est de votre devoir moral de futurs élus de dire la vérité aux citoyens et d'assumer vos convictions.

L'écologie est systématiquement avancée comme un thème prioritaire dans vos programmes et vos professions de foi et vous vous présentez tous comme des défenseurs de l'Environnement. Mais vous n'évoquez votre volonté de préserver l'équilibre naturel de la Baie que de manière évasive et sans jamais avancer de proposition concrète. La population attend des réponses claires !


Quelles positions précises prenez-vous face aux cinq problématiques suivantes ?


> Vous engagez-vous à faire cesser immédiatement le trafic d’ammonitrates, pour que cesse le danger d'un nouveau « lubrizol» ou d’un nouvel « AZF » auquel est exposée la population ?

> Vous engagez-vous à abandonner officiellement le projet du 4e quai, honteuse destruction d'un superbe site naturel en plus d'être un gouffre économique et financier ?

> Vous engagez-vous à trouver une solution respectueuse de l'équilibre naturel de la baie pour que cesse l’envasement, en redonnant une respiration à l'estuaire du Gouet par la déconstruction du môle ?

> Vous engagez-vous, en tant que défenseurs affichés de l'écologie et de notre territoire, à promouvoir et favoriser une économie locale et autonome, s'affranchissant de transits maritimes impactant lourdement notre atmosphère et notre mer ? Pourquoi importer des marchandises et matières premières qui peuvent être produites localement ? Et quel comble d'importer des ammonitrates dans un département dont la terre et la mer sont déjà massivement pollués par les nitrates ?

> Vous engagez-vous à proposer une autre alternative pour la baie de Saint-Brieuc ? Cet espace naturel exceptionnel mérite une reconquête, axée sur une revalorisation de notre patrimoine naturel et de notre potentiel touristique.


Prouvez-nous que vous souhaitez la meilleure qualité de vie pour la population qui va vous élire.

Nous attendons de vous des engagements forts ! Donnez-vous les moyens de nous convaincre !

2. à M. le Préfet des Côtes d'Armor

M. Le Préfet


Le 8 septembre dernier à 17h, faisant suite à notre demande d’entretien en date du 04 août 2020, vous avez reçu quatre représentants de notre association dans les locaux de votre préfecture, et nous vous en remercions. Nous avons ainsi pu vous rencontrer personnellement, Monsieur MOSIMANN, ainsi que Madame Béatrice OBARA, secrétaire générale de la préfecture et deux représentants de la DDTM.


Comme vous avez pu en prendre acte lors de notre venue, l’objet de notre demande d’entretien était de vous alerter officiellement sur le danger majeur encouru par la population de PLERIN et SAINT-BRIEUC du fait du trafic d’ammonitrates existant au port du Légué, et de solliciter à ce titre auprès de vous l’arrêt immédiat de cette activité.


Ainsi que vous en avez connaissance, 6000 tonnes d’ammonitrates en provenance des pays de l’Est transitent annuellement par le port du Légué, à raison, selon les affirmations de la CCI des Côtes-d’Armor, du déchargement de deux cargos de 3000 tonnes chacun par an, avec un stockage sur site pouvant durer jusqu’à 72h après le débarquement.


La découverte de multiples dysfonctionnements au sein de l’avant-port, associée à la conjonction de plusieurs facteurs risques inhérents à l’enclavement naturel du site portuaire dans la ville de SAINT-BRIEUC, avaient motivé notre demande de rendez-vous. Nous avions sollicité celle-ci par courriel adressé à vos services le 04 août dernier à 13h48, soit quelques heures avant que la tragique catastrophe de Beyrouth (explosion de 2750 tonnes d’ammonitrates) ne survienne ce même jour du 04 août à 18H00. Triste coïncidence...


Lors de notre rendez-vous, après avoir écouté notre alerte quant au danger généré par le trafic d’ammonitrates, vous nous avez répondu qu’à votre connaissance tout était sous contrôle, que la réglementation relative à la sécurité du site portuaire était parfaitement appliquée, et que Madame OBARA elle-même avait pu apprécier le bon fonctionnement des installations du port à l’occasion d’un contrôle très récent, ce à quoi elle a acquiescé.


Et pourtant, lorsque nous vous avons notamment fait part, à titre d’illustration, de la défaillance du système d’alarme de l’avant-port du Légué en mai dernier, vous-même ainsi que Madame OBARA nous avez répondu, perplexes, ne pas être au courant de cet incident pourtant majeur constituant un grave manquement aux obligations de sécurité.


Vous n’avez donc pas su que le port a poursuivi pendant trois semaines son activité normale de fret avec tous les risques y associés, alors que le système d’alarme était hors service pendant toute cette période ! En tant que représentant de l’Etat garant de la sécurité civile de la population, chargé de la police de l’environnement et donc de la surveillance des installations classées pour la protection de l’environnement, vous auriez pourtant du être prioritairement informé de l’incident, pour être en mesure d’effectuer la sécurisation du site portuaire en mettant en œuvre les moyens immédiats nécessaires (donc la suspension immédiate de toute activité) pour que cesse la mise en danger de la population.


Quelle est l’ampleur du dysfonctionnement administratif, au-delà du dysfonctionnement technique, pour que vous puissiez être dans l’ignorance totale d’un incident de cette gravité ? C’est l’enchainement de tels incidents, comme une panne prolongée de système d’alarme, qui peuvent être à l’origine d’une catastrophe dramatique telle que Beyrouth ou, plus proche de nous, AZF en 2001.


Si des négligences coupables ou des laxismes en terme de sécurité incombent certes au premier chef à l’exploitant, ils peuvent aussi révéler les graves carences des services de l’Etat dans l’accomplissement de leurs missions, c’est-à-dire dans l’absence de prise de mesure particulière de contrôle ni de mesure coercitive. L’obligation de maîtrise permanente n’est t’elle d’ailleurs pas imposée par les directives européennes ?


Lors de l’entretien, vous nous avez demandé de vous communiquer un dossier reprenant exhaustivement l’ensemble des défaillances que nous avons décelées sur le port du légué. Mais il ne nous appartient pas de nous substituer aux représentants de l’Etat dans l’exercice de leur devoir de contrôle des installations. C’est aux services de l’Etat qu’il appartient d’effectuer les diligences nécessaires pour identifier et sanctionner des défaillances détectables dans l’exploitation d’ICPE qu’ils ont autorisées.


Au-delà même des dysfonctionnements existant sur le port du Légué, nous vous alertons sur l’incompatibilité totale du site portuaire, enclavé dans la vallée et entouré de quartiers urbanisés, avec l’existence d’un trafic de matières dangereuses et explosives sur le port tel que le fret d’ammonitrates. Avec en outre une desserte terrestre du port tout autant inadaptée au transport de marchandises dangereuses, puisque l’unique axe routier existant passe au cœur de la ville, au milieu de zones très urbanisées. Une étude de danger a-t-elle été sérieusement menée à ce titre ? Elle aurait du permettre d’appréhender à leur juste mesure les risques inacceptables de cette activité du port au regard de la mise en danger de la vie d’autrui.


Face à ce risque majeur, la population a le droit d’être informée et les autorités de l’Etat ont le devoir de l’informer. Et pourtant à ce jour, les populations de Saint-Brieuc et Plérin sont dans l’ignorance totale des dangers provenant du port, à proximité duquel elles vivent depuis des années. Sauf celles et ceux qui l’apprennent par l’information large que mène notre association. Notre pétition a d’ailleurs déjà recueilli plus de deux mille signataires, choqués et effrayés de la réalité qu’ils découvrent. Le devoir d’information de la population sur une activité générant de tels risques pour un territoire s’entend bien au-delà du respect a minima des obligations réglementaires. Les services de l’Etat ne peuvent se retrancher derrière un simple affichage d’une page d’informations visible sur le site internet d’une préfecture ou d’une mairie, page internet dont beaucoup de citoyens ne peuvent deviner l’existence.


Nous agissons à la mesure de nos possibilités : Simples citoyens responsables, il nous est un devoir de vous alerter officiellement, Monsieur MOSIMANN. Jusqu’à présent, sii vous n’aviez pas connaissance, par on ne sait quel dysfonctionnement administratif, des réels dangers encourus par la population du fait du trafic d’ammonitrates, c’est en toute connaissance de cause que vous devez désormais prendre des décisions responsables pour que cesse dans l’instant la mise en danger de la population, décisions qui emporteront votre engagement pour aujourd’hui mais aussi pour les années à venir.


Soit dit en passant, et vous le savez comme nous, la santé économique du territoire et la rentabilité du port de commerce du Légué ne dépendent bien heureusement pas d’un fret de 6 000 tonnes d’ammonitrates, qui ne représente que 2% de l’activité totale annuelle de fret du port. En revanche, la vie de milliers d’habitants du bassin briochin en dépend, et dépend donc de votre décision personnelle d’interdire ou non la poursuite de cette activité mettant en péril la population.


En conséquence, nous vous demandons l’arrêt immédiat du trafic d’ammonitrates au port du Légué.

Nous en appelons à la dignité de vos fonctions. N’attendez pas qu’il soit trop tard pou agir, Monsieur MOSIMANN.


Dans l’attente de votre décision, nous vous prions de croire, Monsieur Le Préfet, en l’assurance de nos sentiments distingués.


Les membres du bureau de l’Association de Défense de la Baie de Saint-Brieuc